Éthique et responsabilité dans l’accompagnement

Accompagnement : de quoi parle-t-on ?

 

Accompagner ses collaborateurs… N’est-ce pas parmi les missions les plus nobles dont peuvent s’enorgueillir les managers ? D’ailleurs, toute une littérature foisonne sur ce sujet !

Beaucoup de managers et directeurs nous disent à quel point cette mission est, de loin, celle qui les rend les plus fiers : contribuer au développement des compétences et de l’autonomie de leurs équipes. Certains évoquent même la satisfaction de les « faire grandir » … Expression très utilisée, et pourtant…

 

S’il est indiscutable que notre développement professionnel et personnel est le fruit, entre autres, de rencontres diverses, cette expression est contestable dans le choix même des mots qui la composent : même s’il est utilisé au sens figuré, le terme « grandir » peut laisser supposer un rapport Parent-Enfant : nous faisons grandir nos enfants, au sens propre par la nourriture, au sens figuré par l’éducation.

 

Quant au « faire » causatif, il définit le manager comme cause de l’action et le collaborateur comme celui qui effectue. Or, la dynamique d’apprentissage, l’acceptation de l’inconfort inhérent à l’action d’apprentissage, sont d’abord le fruit de la motivation de l’individu (ce qui le pousse à agir), et donc de sa propre décision. Cela ne signifie pas que le manager n’a pas de responsabilité dans la capacité d’apprentissage de ses collaborateurs, mais ne nous y trompons pas, sa responsabilité, et non des moindres, est de créer les conditions (et uniquement cela) de l’apprentissage par sa posture et ses actions managériales.

 

Quant au terme « accompagner », celui-ci a volé la vedette aux termes former, aider, superviser… Avec un certain flou conceptuel autour de cette notion. Dans le contexte de l’entreprise, nous évoquerons l’accompagnement comme toute action visant le développement des compétences (soft et hard skills) et de l’autonomie.

 

Accompagnement managérial : un enjeu éthique

 

Si cette action est noble, elle n’en est pas moins parmi les plus délicates, puisque le manager ne maîtrise pas l’ensemble du processus d’apprentissage. Toutefois la responsabilité du manager « accompagnateur », ne peut s’envisager sans un sens éthique

 

Ce sens éthique convoque chaque manager, dans sa capacité à se sentir à la fois responsable, et respectueux du libre arbitre de l’accompagné. A l’instar du « rapport aporétique* de l’éducateur à l’éduqué » (Paturet, 2012, p. 106), le manager est bercé dans un paradoxe visant d’un côté à développer le sens critique, et le caractère permissif que revêtent l’autonomie et la responsabilité de son collaborateur, et d’un autre côté, à apporter un caractère normatif à l’accompagnement, correspondant à un socle de connaissances et de compétences, répondant aux besoins de l’entreprise, de son marché, de son service…

 

Par ailleurs, le manager, face à son collaborateur, possède le savoir, ou tout au moins, fait figure de référence… La question de ce « pouvoir » est forcément liée à la notion d’éthique et de responsabilité…

 

L’éthique servant de garde-fou et de réflexion introspective : mon accompagnement répond-il aux besoins de mon collaborateur ?

 

Quel regard je porte sur lui et quelles sont les conséquences de ce regard sur sa capacité à comprendre et agir ?

 

Quelles sont les conséquences de mon accompagnement sur son avenir professionnel ?

 

En quoi mes valeurs personnelles ont-elles un impact sur la relation accompagnateur – accompagné ?

 

En quoi mon projet rejoint-il le sien ?

 

Et ce ne sont là que quelques questions, qui à elles-seules posent déjà l’éthique et la responsabilité comme centrales dans l’accompagnement. Créer les conditions d’un accompagnement réussi en questionnant l’éthique et la responsabilité du manager, c’est aussi savoir donner sans toujours recevoir…

 

C’est accepter a priori, dans une démarche volontariste, de « planter des graines » sur un terrain fertile mais dont on ne connaît pas toutes les ressources, ni les aspérités…

 

C’est donner en acceptant de ne pas être forcément le manager qui récoltera… L’enjeu éthique se situe donc aussi dans la capacité du manager à faire un don a priori, au-delà de toute question d’ego.

 

Éthique et responsabilité du collaborateur

 

Si le collaborateur est par définition en situation de vulnérabilité, « toujours en situation d’autonomie partielle, c’est-à-dire, précisément en dépendance d’un manque de maîtrise » (Boutinet, p. 27), il met toutefois en jeu sa propre responsabilité d’apprendre, véritable enjeu d’émancipation et de structuration de son identité d’adulte.

 

Ainsi, les questions de la propre responsabilité du collaborateur, de son libre arbitre et de son autonomie restent pleines et entières. Si le manager est responsable de créer les conditions d’un accompagnement efficace, nous nous situons dans une relation adulte-adulte où la responsabilité est, et doit être partagée. D’un côté, le manager doit se sentir responsable dans son accompagnement, de l’autre côté, le collaborateur, garde sa pleine responsabilité d’apprendre et d’accepter, ou non, de se faire guider sur le chemin proposé.

 

En conclusion, le manager doit bien sûr se connaître et se questionner sans cesse sur ses pratiques d’accompagnement. Ce questionnement est personnel et individuel, propre à chaque manager. Il doit se faire avant, pendant et après l’action d’accompagnement : « L’éthique mène à l’interrogation identitaire d’une personne et aussi d’un métier. » (Vigouroux, p.12).

 

Créer les conditions d’un accompagnement efficace n’est-il pas en premier lieu une question de posture, alliant à la fois le sens éthique et le sentiment de responsabilité de l’accompagnateur, en prenant garde de laisser la place à la responsabilité de l’accompagné dans sa démarche d’apprentissage ? « Nous nous situons bien dans une relation intersubjective dans laquelle, l’un et l’autre, en tant que sujet autonomes et responsables, ont des devoirs envers eux-mêmes et envers autrui » (Beauvais, p. 105).

 

 

Ressources bibliographiques :

Beauvais M., (2004), Des principes éthiques pour une philosophie de l’accompagnement, l’Harmattan (Distribution électronique Cairn.info pour L’Harmattan)
Boutinet J-P., (2007), Penser l’accompagnement adultes, Paris, Presse Universitaire de France
Paturet J-B (2007), De la responsabilité en éducation, ERES
Vigouroux C., (1995), Déontologie des fonctions publiques, Paris, Dalloz

 

*Aporétique : qui se heurte à la contradiction

One thought on “Éthique et responsabilité dans l’accompagnement

  1. Excellente synthèse et ouverture sur ce sujet ô combien complexe des limites dans la relation d’accompagnement… Pour un jour (re) laisser l’autonomie voire l’indépendance…

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