Le Néguentrope

(Néologisme : personne dont l’action est soutenue par une force neguentropique)

« Développement », ce terme issu de l’ancien français « desvoleper », « Sortir quelque chose ou quelqu’un de ce qui l’enveloppe », a pris dans les années 50, la signification de « prolifération des biens matériels et de croissance économique ». Récemment, il s’est attaché à qualifier l’avance technologique, particulièrement dans le champ informatique et dans le domaine de la communication. Un peu moins, le développement culturel ou humain à travers, les rencontres, le partage, l’éducation ou la formation.

L’être humain se réduit-il à un moyen de production ou une capacité de consommation ?

Je ne le crois pas et même plus, je ne peux adhérer à ce postulat qui réduit l’humain à son animalité.

La dynamique évolutive de l’être-humain

Pour moi, l’être humain, le travailleur, le citoyen, est une dynamique évolutive. Du nouveau-né, centre du monde et seul monde existant pour lui-même, se développe l’enfant, se reconnaissant dans le miroir. La séparation se fait et, bon gré, mal gré, celui-ci s’individualise et se reconnait dans l’image projetée.

Puis l’enfant grandit, devient adulte, acceptant par défaut son image et sa séparation du centre du monde. Ce monde incertain, changeant et ressenti souvent comme hostile. Il doit « gagner » sa vie, être « performant », courber la tête sous le poids des stéréotypes dominants. Conscient de sa condamnation à mort, il entretient les peurs, les haines et les jalousies et mène sa quête solitaire du bonheur.

Les stratégies du paraître et l’art de la tromperie

Ne se retrouvant pas pleinement dans ce statut normatif de producteur et consommateur, il s’enferme dans des schémas de défenses stériles, à base d’affrontement d’égos, qui n’ont pour finalités que de le maintenir en état d’impuissance, face à son environnement.

Avançant prudemment dans son tunnel, conditionné par son propre mental, il ne cesse de se protéger, utilisant les stratégies du paraître et l’art de la tromperie. Seul, tout seul, il abandonne tout espoir de vivre libre et ne vit que pour sa survie.

« Ne te détourne pas, par lâcheté, du désespoir. Traverse-le. C’est par-delà qu’il sied de retrouver motif d’espérance. Va droit. Passe outre. De l’autre côté du tunnel tu retrouveras la lumière. » – André Gide, Journal 1889-1939

Depuis le siècle des Lumières, le Progrès assimilé aux avancées technologiques et à l’accumulation de richesses matérielles a conquis nos consciences, au point de ne plus envisager notre salut que par la sécurité des certitudes (la peur de perdre) et l’obsession égotiste.

L’entropie, évoluant dans le même sens que la flèche du temps, mène inévitablement les structures et les organisations de l’ordre vers le désordre, du simple ordonné vers le complexe chaotique.

La création de l’ordre supérieur

Le changement permanent est un état de fait et les hommes et les femmes des organisations s’accrochent à leurs manières ancestrales d’agir, au séculaire modèle de leur fonctionnement, à leurs habitudes de protection de ce qu’ils croient posséder.

Cependant, une force vient sublimer les conséquences de l’entropie, la neguentropie qui accroît progressivement la masse de complexité organisée.

Prenons, par exemple, un verre. Tôt ou tard, la force entropique finira par l’amener à se casser, augmentant ainsi le désordre et la complexité du système. Supposons un artiste ramassant les morceaux de verre et les utilisant pour réaliser une œuvre d’art. Il contribue, à travers la force neguentropique, à créer de l’ordre dans l’univers, un ordre de niveau supérieur à celui précédent.

D’autre part, à partir d’un amoncellement d’atomes d’oxygène, de carbone, d’hydrogène, de fer et d’azote, par le biais d’un programme que nous nommons ADN, il se crée un homme, doué de conscience et d’intelligence.

Cette intelligence qui nous donne la possibilité de se connaître soi-même et, plongeant dans l’espace de sa conscience, découvrir les mobiles de ses actions et les causes de ses réactions

Au-delà de notre animalité, nous poussant sans cesse à penser et agir en fonction de notre propre intérêt, limitant volontairement notre action par peur du risque de perdre et restreignant notre enrichissement au contact de l’autre, nous possédons les qualités nécessaires à notre évolution, les capacités à poursuivre notre maturation et à développer nos potentialités pour déployer tous nos possibles.

 

La clé, retourner son attention de 180°

et regarder Ce par quoi nous regardons.

Apprendre à désapprendre nos conditionnements, nos croyances, nos statuts de victime, sauveur ou persécuteur, nos peurs et nos angoisses, nos désillusions et nos certitudes pour  agir, rencontrer, partager, découvrir,…

Reconnaître avec le cœur ce qui est vivant en moi, en l’autre et à travers la confiance et l’ouverture, mettre en œuvre, avec l’ensemble de nos potentialités, une auto-organisation sur un plan supérieur au désordre environnant.

Transmettre et rayonner ce qui nous est commun pour établir les fondations, avoir l’audace de laisser transparaître ma diversité afin d’embellir notre construction et l’adapter à la réalité, passer de l’affrontement des égos à la confrontation des idées, dans le respect et l’intégrité.

Accompagner les hommes et les femmes à réussir leur entreprise, c’est mettre en œuvre cette force neguentropique afin que chacun puisse sortir de ce qui l’enveloppe.

« Il a cultivé son être, éprouvé ses sens, explorer son imaginaire jusqu’à ressentir intimement tout ce qu’il est capable de délivrer dans telle ou telle circonstance. » – Les 7 clés du leadership, Wattier, 2010

A bientôt

Stéphane Gallaud

 

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