Le Management au Maroc : Un peu d’ici et d’ailleurs

L’idée de ce billet prend racine à partir d’un certain nombre de constats et d’observations ou auto-observations sur les pratiques en prenant l’exemple du Maroc, la terre de mes ancêtres, pays qui m’est cher, comme m’est chère la France.

Je côtoie beaucoup de managers qui sont pour la plupart, soit des marocains qui ont fait une bonne partie de leurs études supérieures en Europe (Comme moi) et ont exercé dans un autre environnement de travail avant de retourner au pays, soit des expatriés qui sont allés exercer au Maroc.

Pour ces managers, généralement les premiers mois d’exercice sont très éprouvants psychologiquement. Ils se rendent compte rapidement que les résultats escomptés en termes d’amélioration de la productivité et de mise en place de méthodes de gestion, les moyens mis en place, ne donnaient pas les résultats attendus. Ils ne comprennent pas pourquoi les méthodes qui ont fait leur preuve dans d’autres environnements ne fonctionnent pas ou pas complètement dans le contexte marocain.

Management au Maroc

Les marocains et la gestion du temps

« Pourquoi la gestion du temps n’est pas totalement intégrée dans le schéma organisationnel des entreprises au Maroc ? Souvent quand on répond aux marchés ou appels d’offres, les délais sont dépassés ! Pourquoi ne sommes-nous pas livrés à temps, pourquoi nos équipes ont du mal à respecter les délais clients ? Comment faut-il procéder ?…. arghhhhhhhhhhhhhh ! SOS ! »

Pour en savoir + :  Un petit témoignage sur la gestion du temps :

 

On peut « essayer » de faire comprendre à ces expatriés que l’une des qualités d’un bon manager au Maroc est sa capacité à composer avec un environnement où le temps n’est ni gagné ni perdu, le temps est vécu et partagé, le temps ne s’économise pas ! Il file inexorablement…

Le management n’est pas (encore et partout) une science au Maroc, c’est avant tout une relation entre individus, une relation affective et de respect forts avant toute autre chose, ainsi un manager, quel que soit son niveau hiérarchique aura tendance à être « sacralisé » pas ses équipes.

On retrouve ici les notions du « dehors dedans » et ce que vivent les individus chez eux, et bien ils souhaitent le reproduire pour tout ou partie au sein du monde professionnel.

On est loin du sempiternel « Les problèmes personnels doivent rester à l’extérieur de la boite, d’accord ?! »

Inutile de préciser que cette réponse va totalement surprendre ces managers « désespérés ». L’étonnement est une réaction tout à fait normale de la part d’un manager à qui on a appris que le management doit se pratiquer de façon « impersonnelle », « objective ». Ils pensent aussi par exemple et par expérience, que le temps est l’ennemi à combattre et qu’il faut toujours réduire les temps morts, favoriser la productivité. Leur étonnement sera d’autant plus compréhensif que l’importance du facteur culturel dans la gestion quotidienne n’est pas toujours évidente.

Des spécificités culturelles au cœur des organisations marocaines

Il faut souvent faire le rapprochement avec la sociologie et l’anthropologie pour comprendre l’importance de l’encastrement culturel au sein des organisations marocaines. Or l’approche scolaire, universitaire, pragmatique de la gestion a montré ses limites parce que tout management est culturel, toutes les pratiques et méthodologies de gestion doivent impérativement tenir compte des spécificités culturelles, dans un marché mouvant, globalisé, mondialisé.

La mondialisation a certes essayé d’universaliser les relations au travail en créant des systèmes de gestion notamment des Ressources Humaines standardisés mais les pratiques de gestion ne sont pas transférables sans un effort d’adaptation à la culture locale et nationale car les différences culturelles sont largement maintenues malgré la globalisation et la standardisation.

Qu’en est-il de l’Afrique plus globalement ?

La proximité géographique et dans certains cas linguistique entraine-t-elle proximité culturelle ? Les méthodes de gestion, d’organisation, de prévision, de planification, de délégation, de motivation, d’évaluation, de contrôle s’appliquent-elles de la même façon partout en Afrique ? Pourquoi la proximité géographique nous fait oublier la diversité climatique, démographique, politique ou encore religieuse ?

Ces interrogations n’ont pas pour but d’opposer ou confronter les communautés africaines mais de distinguer distance géographique et distance culturelle. Reconnaitre la différence est un préalable à la gestion du risque culturel. On peut très bien être proche géographiquement et historiquement et, du fait de cette proximité, avoir une capacité très limitée de compréhension et d’acceptation de la différence parce qu’on pense qu’elle n’existe pas. La proximité géographique ne doit pas nous faire oublier l’importance de l’approche positive de la différence sans sombrer dans la rivalité culturelle et dans les dérives de l’ethnocentrisme.

Le management des équipes marocaines : Vues d’ailleurs et enseignements généraux

Nombre de chercheurs et observateurs ont mis l’accent sur les nombreuses ressemblances entre les cultures marocaine et tunisienne et sur la proximité religieuse et linguistique. Ils ont été particulièrement frappés par la perception de la notion « temps » dans l’entreprise marocaine et la marge de retard que nous, marocains nous nous accordons.

De ces observations ressortent quelques principes récurrents :

– Ce qui marche ailleurs ne marchera pas forcément au Maroc. La culture des affaires au Maroc est basée essentiellement sur le relationnel et les réseaux.

– Il est souvent perçu que les vrais puissants sont ceux qu’on prend pour des impuissants. Partout, dans n’importe quelle administration, vous trouverez un hadj (Celui qui a fait son pèlerinage, l’ancien, le sage) respecté qui détient les clés du pouvoir.

– L’administration marocaine souffre de nombreux problèmes, lenteurs, grèves fréquentes. Les relations entre collègues sont souvent imprégnées de méfiance, la collaboration n’est pas évidente.

– Les relations au travail sont difficiles et la confiance n’est pas toujours un acquis. L’étranger est toujours sujet à méfiance et les délais sont très approximatifs.

– Il est souvent pensé qu’au Maroc, il est plus facile de travailler avec des femmes qu’avec des hommes (plus empathiques, plus engagées, plus souples ?).

Malgré de longues années d’exercices au Maroc, le « chef » statutaire n’est pas une autorité légitime, un responsable a souvent du mal à asseoir son autorité parce que cette dernière est souvent contestée par les employés marocains. Il apparait que l’obéissance au Maroc est soumise à plusieurs conditions (Légitimité, affectivité, « Rien n’est vraiment grave », impact du religieux…) au profit de l’acceptation d’une autorité relationnelle et de Coaching. Il a aussi été remarqué que les employés passent leur temps à se défendre, à se justifier, ils ont du mal à assumer pleinement leurs responsabilités.

Certains Chefs d’Entreprise déclarent aussi trouver la notion de temps très relative et pense qu’un subalterne aura tendance à tester les limites de son chef et cherchera à établir une relation amicale plutôt qu’une relation professionnelle.

Telles sont quelques spécificités du management à la marocaine selon mes observations. Je n’ai évidemment et en toute humilité aucune certitude sur ce sujet passionnant et complexe à la fois !

The à la menthe

La réflexion sur ce thème mérite d’être poursuivie parce qu’elle nous livre un regard étranger sur nous-mêmes, nos méthodes de travail et nos rapports aux autres.

Je serai heureux de continuer à échanger sur cette ouverture personnelle… Je suis d’avance friand de vos réactions, partages d’expériences, vécus… Je vous passe la plume et un verre de thé à la menthe… C’est à vous !

Bien à vous,

Mohamed EL KHAYARI

 

5 thoughts on “Le Management au Maroc : Un peu d’ici et d’ailleurs

  1. Bonjour,

    Je travaille maintenant depuis 2 ans avec des collègues Marocains et j’ai eu l’occasion de séjourner au Maroc. J’ai profité de mes déplacements professionnels pour côtoyer mes collègues en dehors du lieu de travail, afin de n’imprégner de leur quotidien et de leur culture.

    J’ai également débuté l’apprentissage du Darija, la langue parlée couramment au Maroc, cela me permet de fluidifier les échanges avec mes homologues Marocains. Ils ont été agréablement surpris par ma démarche et m’aide beaucoup dans l’apprentissage de cette nouvelle langue.

    Tout cela pour vous dire que cela m’a permis de gagner la confiance et le respect de mes collègues, cela est très bénéfique dans notre travail au quotidien. A noter que mes collègues Français n’obtiennent pas les mêmes résultats en ayant des démarches différentes.

    1. Merci pour ton post et ton témoignage Mathieu ! La confiance… Voilà aussi un autre sujet passionnant !

  2. Mathieu, quels sont les principales réussites vu de ton œil aguerri et les principaux obstacles que tu rencontres en Management des Hommes ?

    1. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai un œil aguerri sur le sujet car je n’occupe pas un poste de manager… :-)

      Cependant, avec le peu d’expérience que j’ai actuellement, je peux affirmer aujourd’hui que les principales réussites sont la cohésion d’équipe, le sens du partage, l’ouverture d’esprit, le respect et la confiance mutuelle.

      Pour parler des principaux obstacles, je m’appuierai sur mon expérience avec mes collègues Marocains. À savoir, la barrière culturelle et celle de la langue, même si le Français reste la langue de travail, ainsi que la distance géographique.

      Mais ces obstacles ne sont pas insurmontables, il faut savoir s’adapter et garder à l’esprit que quelque soit notre culture et notre langue nous devons former une seule et même équipe pour atteindre ensemble nos objectifs.

      1. Merci beaucoup Mathieu. Rien ne vaut le vécu !!

        Je serais très intéressé par le point de vue des collègues qui t’entourent. Penses tu qu’ils puissent s’exprimer sur ce blog ?

        A vous lire,

        Mohamed

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