Recrutement Génération Z : les diplômes ne suffisent plus

Spiderman un carton à la main recherche un travail en quémandant les conducteurs au feu d'une rue.

 

Simon Sinek : « Les Millenials (individus nés en 1984 et au-delà) obtiennent leur diplôme et trouve un travail. En un instant, ils réalisent qu’ils ne sont pas spéciaux, que leur mère ne peut leur obtenir une promotion (…) et qu’en réalité, on ne peut l’obtenir juste parce qu’on en a envie. D’un coup, leur estime de soi est brisée. Vous avez une génération entière qui grandit avec la plus faible estime d’elle-même que les générations précédentes. (…) hé bien apparemment, cette génération serait difficile à manager. »

 

Publiée il y a un an, l’interview de Simon Sinek au sujet des « Générations Y et Z dans le monde du travail » comptabilise 5 millions de vues et témoigne du vif intérêt que suscite l’arrivée de ces générations sur le marché du travail. La génération Z (née après 1995) a atteint la majorité et se retrouve, à l’instar des Y il y a peu, au centre des attentions. La Presse nous abreuve donc pour comprendre et manager la génération Z. Une génération qui peine à trouver sa place dans la société et dont les idées préconçues voire faussées à son sujet en brossent un portrait peu avenant. Plusieurs papiers se réfèrent au livre « Génération Z : des Z consommateurs aux Z collaborateurs » (Dunot) et ont interviewé son co-auteure Elodie Gentina, enseignante-chercheuse en marketing à l’IESEG School of Management à Lille.

Dans son interview dans Forbes, nous apprenons qu’Elodie Gentina a mené des entretiens avec des 15-23 ans et analysé plus de 10 000 questionnaires afin de comprendre le rapport des jeunes à l’entreprise. Elle nous confirme qu’ils se posent beaucoup de questions sur leur utilité dans la société. « Cela sert à quoi de travailler pour simplement gagner sa vie » disent-ils. Simon Sinek ajoute « lorsqu’un manager leur demande : que voulez-vous ? » les Millenials répondent « Nous voulons travailler là où nous trouvons une raison d’être, nous voulons faire la différence ».

Avant de s’interroger quant au management de la génération Z, remontons en amont pour comprendre d’où provient son besoin de sens puis comment il se traduit lors d’un recrutement. Car c’est à cette étape charnière entre les études et le monde du travail qu’apparaissent les premières déconvenues tant pour les jeunes que les entreprises.

 

We want to make an impact_Simon_Sinek

Simon Sinek on Millennials in the Workplace – Be Inspired

 

Quelle éducation a été donnée à la Génération Z  ?

 

Eduqués par la génération X, les jeunes de la génération Z ont été bercés de l’illusion d’être spéciaux. Parfois membres d’une famille monoparentale ou recomposée, ils sont les premiers enfants à avoir enseigné à leurs parents les usages des nouvelles technologies et à s’être tourné vers une communauté internet (ou à minima Google) pour se former. Cette génération entretient une relation égalitaire avec leurs géniteurs et vis à vis du monde.  Elodie Gentina nous interroge donc sur ce qu’implique ce nouveau rapport adulte/enfant : « Comment les jeunes vont-ils respecter l’autorité en entreprise alors qu’ils ne la respectent pas à la maison ? ». Daniel Ollivier et Catherine Tanguy, auteurs de Générations Y&Z, le grand défi de l’intergénérationnel (Ed. De Boeck), ajoutent « qu’ils ont acquis le droit inaliénable d’interroger le pourquoi des choses, d’influer les décisions selon leurs intérêts. » Si bien qu’aujourd’hui, les jeunes français interrogent leur place dans la société et son sens.

 

Notons également que de leur éducation, les valeurs telles que le travail, l’effort et le dépassement de soi en ont été écrémées. La vie est pour eux un terrain de défis et de changement. Rêver du bonheur ne leur correspond pas. Ils souhaitent être heureux maintenant. Elodie Gentina précise d’ailleurs qu’en entreprise lorsque « L’ennui les pèse, et s’ils sont face à la routine, ils vont claquer la porte ».

Certains y voient la faute d’une scolarité trop indulgente. Selon Corinne Grassagliata, professeure de marketing et de management, « les jeunes Z ont perdu l’habitude de faire un effort. Le parcours primaire, collège, lycée n’est plus contraignant, les concernant, sur l’aspect des devoirs à la maison ni sur un risque de redoublement, les laissant ainsi penser qu’une « progression » naturelle est possible sans effort. L’arrivée en entreprise constitue un moment d’incompréhension fort pour eux. » Une incompréhension partagée par les entreprises et ce dès la phase de recrutement.

 

La recherche d’un premier emploi, l’odyssée de la génération Z

 

L’époque d’une offre du marché du travail supérieure à la demande est révolue, le focus est à présent sur le candidat. Pour recruter et fidéliser de nouveaux talents, la tâche incombe désormais aux entreprises de démontrer l’intérêt de les rejoindre. Une tendance confirmée par l’enquête menée par Manpower en 2016/17 sur la pénurie des talents : « 23% des employeurs rencontrent des difficultés à recruter » et corroborées par leur étude du 26 juin 2018  » En France, les difficultés de recrutement concernent 29% des chefs d’entreprise interrogés. (…) Parmi les raisons évoquées :

  • ~33% des employeurs évoquent le manque de candidats,
  • 20% estiment que les candidats ne possèdent pas l’expérience requise,
  • 27% des employeurs avancent que l’inadéquation entre offre et demande est imputable à un manque de compétences techniques ou comportementales, des candidats.

Paradoxalement, alors que les entreprises peinent à recruter et évoquent un manque de compétences, le nombres de diplômés ne cesse de croître. Selon l’INSEE, en 2017, parmi les 25-30 ans :

  • 66,7% détiennent le Baccalauréat,
  • 44,2% ont un diplôme BAC+2 ou supérieur.

Toutefois, malgré ses diplômes, la génération Z constate pourtant des difficultés à décrocher un poste en CDI. D’après l’INSEE dans sa « Photographie du marché du travail en 2017 » :

« Les salariés de moins de 25 ans occupent plus rarement des emplois en CDI (44,9 %), ils sont plus fréquemment apprentis (16,3 %), en CDD (31,1 %) ou en intérim (7,8 %). À ces âges-là, ce sont en effet surtout les jeunes peu diplômés ou ceux suivant un cursus professionnel qui sont présents sur le marché du travail. »

Balayons d’un calcul cette conclusion erronée, 18+5=23 ans, autrement dit tous les diplômés d’études supérieurs jusqu’au Master, soit les plus âgés de la génération Z, sont présents depuis minimum deux ans sur le marché du travail. Il est également risible de considérer comme « peu diplômés » une jeunesse qui tendra certainement à être davantage diplômée d’un niveau supérieur à BAC+2 que la génération Y.

Type de contrat de travail des moins de 25 ans de 2012 à 2017

En réalité, les jeunes n’accèdent plus au CDI par manque de diplômes mais parce que le marché du travail offre moins de contrat à durée indéterminée. En effet, d’après l’INSEE, entre 2012 et 2017, alors que le nombre de salariés en CDI a diminué (-5%), ceux en CDD ont augmenté de 17% et l’intérim d’environ 24% ! Le poids d’une potentielle absence de sécurité de l’emploi s’ajoute donc à celui de leur difficile recherche d’un premier emploi.

Grâce aux moteurs de recherches d’emplois, les offres d’emplois abondent, la concurrence aussi. Si en 2012, l’Express nous révélait que « Les recruteurs lisent les CV en six secondes« , en 2018, la bonne question à se poser serait plutôt : Combien de temps un candidat consacre à la lecture d’une offre avant d’y candidater ? … Les jeunes ne compteront bientôt plus. « J’ai envoyé ma 100e candidature aujourd’hui » est le quotidien de plusieurs jeunes diplômés. Ceux toujours en recherches et sans emploi sont aux abois. Manon Aunay, Coach de Jeunes Génération, qui partage au Huffingtonpost.fr ses conseils ‘’aux jeunes de la génération Y et Z diplômés mais toujours au chômage’’, le résume très bien : « Quand les entreprises daignent te faire un retour c’est pour te dire qu’elles ont sélectionné un profil « plus expérimenté » ; oui mais comment devenir expérimenté si jamais personne ne veut t’embaucher malgré ton BAC+5 et tes 2 ans de stage non-rémunérés. ». Elle coache une centaine de jeunes qui ont perdu confiance en leurs compétences puis, portant le poids du regard de leur entourage, en eux. Cela rejoint ce qu’avance Simon Sinek, la génération Z est « une génération entière qui grandit avec la plus faible estime d’elle-même que les générations précédentes. »

Manon Aunay n’a pas besoin de grossir le trait, « aujourd’hui, malheureusement, tu évolues dans un marché du travail ultra saturé dans lequel les métiers ont perdu de leur sens et le grand nombre de diplômés engendre une immense concurrence ». Aussi conseille-elle aux jeunes qui perdent espoir de commencer par : « Te trouver toi (…), pour te permettre de faire de meilleurs choix tout au long de ta vie, professionnels mais aussi personnels. »  En d’autres termes, elle les invite à mieux se connaître pour se différencier grâce à leurs talents et surtout trouver du sens à leur candidature et leur vie. Vous serez surpris d’apprendre que ses conseils s’accordent avec la conclusion d’une étude d’une entreprise spécialisée dans l’intérim et le recrutement.

 

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Manpower nous partage dans une étude 2018 la conclusion suivante : « la compétitivité d’un actif sur le marché du travail de demain ne sera pas forcément conditionnée par ses diplômes, mais dépendra de l’acquisition continue de compétences ». Nous y apprenons également que pour palier à la pénurie de talents, 54% des employeurs ont investi dans des plateformes d’apprentissage. Selon l’étude, un recrutement plus efficace combinerait des compétences techniques et comportementales. Manpower ajoute que « les profils possédant des compétences telles que la communication, la créativité, l’organisation, l’empathie, la capacité à résoudre des problèmes complexes ou encore à collaborer, sont très demandés ».

 

Les entreprises ne sont pas les seules à mettre les diplômes au second plan au profit des talents et compétences. L’Etat a annoncé la création d’une agence nationale intitulée « France Compétences » dont le rôle sera de réguler la qualité des formations et leur coût. L’Etat semble faire de la gestion des compétences une priorité. Une tendance qui habite déjà la génération Z pour qui acquérir de nouvelles compétences est un réflexe. Son rapport à la formation est certainement son meilleur atout et devrait aiguiller ou provoquer (si l’entreprise ne s’y est pas préparé) quelques changements dans le management et le quotidien des entreprises, ce que nous aborderons dans un prochain billet.

Dans notre précédent billet nous vous annoncions que « le savoir-être prévaut dans six recrutements sur dix ». Vous l’aurez compris, les compétences techniques et les diplômes ne suffisent plus. Aujourd’hui, lors d’un recrutement ce sont les compétences humaines qui sont à plébisciter. « Ce que Loïc Mathon, Talent Manager chez OVH, appelle le « mindset, renvoyant à l’ouverture d’esprit et au savoir-être du candidat » nous souffle Elodie Gentina. D’ailleurs, une étude Linkedin liste les compétences que les recruteurs recherchent particulièrement chez les jeunes, uniquement des soft skills ! :

  • 61%, la rapidité d’apprentissage,
  • 48%, la positivité,
  • 47%, la créativité,
  • 42%, l’esprit d’équipe.

Publiée dans le Harvard Business Review en février, Elodie Gentina ajoute que lors d’un recrutement, la génération Z a « la volonté de retrouver des valeurs humaines et sociales, en ayant des échanges concrets avec les membres de l’équipe. Désormais, la transformation digitale qui s’opère dans les processus de recrutement doit se concentrer sur les fondamentaux : l’humain, la collaboration et la cocréation. » Selon son étude, la génération Z souhaite s’épanouir au travail et ses leviers de motivation portent sur :

  • 28,8%, l’esprit d’équipe,
  • 28,4%, la possibilité d’évoluer rapidement,
  • 16,2 %, le développement ses compétences en faisant plusieurs missions,
  • 12,3%, la mobilité à l’international,
  • 11,7%, le salaire

 

En comparant les attentes des recruteurs et celles de la génération Z, nous observons qu’ils en partagent deux, à savoir : le souhait d’un apprentissage rapide et un bon esprit d’équipe. Se former au management intergénérationnel n’est pas la seule piste à explorer. Nous l’avons vu, être en mesure d’apprécier le savoir-être des candidats et de vos collaborateurs devient nécessaire, peut-être même le premier soft-skills auquel vous former !

Aujourd’hui attendues lors du recrutement de la génération Z, les « soft skills » s’avèrent stratégiques dans tous les types d’entreprises, tous secteurs confondus et dans le management de leurs équipes. Ainsi, la génération Z, que l’on aimerait croire détachée du travail, a certainement déjà un impact, celui de nous offrir l’occasion d’opérer une transformation managériale en douceur.

 

Pour allez plus loin nous vous invitons à visionner le replay de notre webinaire :

Quand les générations XYZ s’en mêlent… 

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